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Brève histoire d’un endroit qui ouvre ses portes pour la passion du tango.

En 1994, Santiago consacre tous ses loisirs au tango argentin. Il suit son premier cours avec Antonio Perea, vieux professeur argentin et précurseur du tango à Montréal. Après avoir suivi tous les cours de base d’Antonio, il découvre en lui une véritable passion pour le tango, plus forte que la raison... C’est ainsi que débute un inoubliable voyage de retour en Argentine, dans son pays natal, cette fois pour le “Tango, y nada mas”.

Durant trois mois à Buenos Aires, il fait la rencontre de célèbres tangueros, dont Tete y Silvia qui marqueront Santiago pour toujours avec leurs histoires du tango, d’hier à aujourd’hui. C’est ainsi qu’il apprend tous les vices et les arrières du tango qui n’ont jamais été enseignés. Une expression lui revient encore à l’esprit: Buen viaje!

De retour à Montréal, Santiago fait la connaissance de Pepito y Suzuki Avellaneda qui, en peu de temps, l’influencent dans la précision de ses pieds et dans son style. De longues conversations avec eux lui permettent de comprendre davantage le “pourquoi” du tango.

Quelques mois plus tard, Pepito rend subitement l’âme. Sa dernière volonté fut que Suzuki prenne la relève et continue de faire vivre le tango. Santiago retourne la rejoindre à Buenos Aires. Ensemble, ils vivent le deuil de Pepito et se donnent du courage. Santiago devient son élève privilégié et reçoit un bagage inestimable de figures, techniques et trucs qui lui facilitent cette danse unique du tango.

Son retour au Canada coïncide cette fois avec l’arrivée de Forever Tango, à Montréal; il rencontre Carlos Gavito pour la première fois... Une nuit de tango fatale pour Santiago, qui changera le cours de sa carrière. Cette rencontre entre le maître par excellence, l’essence même du tango, et son disciple se transformera rapidement en une réelle amitié, respectueuse, sincère et très complice, où ils exploiteront ensemble la PASSION, la SÉDUCTION et la SENSUALITÉ, trois mots qui définissent ces deux personnages.

Myriam, Carlos Morel et Carlos Gavito présentent Santiago à Luis Bravo, directeur artistique et producteur de Forever Tango. Luis réunit Zita Gonzales, de Los Angeles, et Santiago, de Montréal, pour former un nouveau couple pour le spectacle de Forever Tango à Broadway, New-York.

L’entraînement extrêmement exigent imposé par Luis Bravo fut pour Santiago une expérience inoubliable, à un niveau incomparable, selon lui. Il dut retourner à Buenos Aires où il raffina sa technique particulière; ses minutieuses recherches lui permirent de rencontrer les danseurs des danseurs, les créateurs du tango argentin Maria y Rodolfo Cieri. Cette rencontre fut comme un éclat de lumière, un tournant important dans sa vie. La pédagogie de Rodolfo accompagnée de ses cris provenant du fond de son âme et de son esprit, d’une telle passion capable de faire bouger un rocher, ainsi que l’appui de Maria, avec son charisme et sa patience de mère et de la qualité d’une reine du tango, dont nous aurions tous rêvé… toute cette intensité fit prendre à Santiago une grande décision, celle de vouer son âme au tango. La décision fut sans appel.

Santiago revint à Montréal et quitta ses douze ans de carrière professionnelle pour fonder l’Académie de Tango Argentin. Sa mission: mettre à la disposition de toute la communauté de tango à Montréal l’endroit le meilleur, le plus grand et le plus confortable, à la hauteur de ce que recherche et mérite la communauté, depuis des années.

Depuis ce jour, il enseigne le tango à partir des méthodes d’enseignement reçues de ses professeurs, créant une combinaison d’énergie, de discipline et de divertissement, intégrant des notions d’histoire, des anecdotes marquantes, le pourquoi de chaque figure, tout cela transmis de manière exclusive et efficace et, comme Santiago le dit si bien, sans oublier l’esprit et la passion du tango.

Bon voyage!

Souvenirs de L’Académie de Tango Argentin

Je prenais tranquillement un café en travaillant sur mon ordinateur lorsque le téléphone a sonné. C’était mon ami Santiago qui désirait que je l’accompagne pour voir un local qu’il désirait louer. Je le rencontrai donc et il était très enthousiaste, comme chaque fois où il est certain d’avoir pris la bonne décision. Nous nous sommes donc retrouvés à notre appartement, de là, direction boulevard Saint-Laurent coin Mont-Royal, en plein cœur du Plateau. Déjà, il y avait de ma part une acceptation tacite car le lieu se prêtait véritablement à une Académie de tango.

Au premier abord, l’escalier obscur qui se rendait à l’étage ne me disait rien qui vaille. Sur le palier, nous nous sommes arrêtés et il m’a alors demandé : Qu’est –ce que tu en penses ? ... un grand silence! Ma surprise devant l’état déplorable du local était totale et ma déception énorme. Je n’arrivais pas à la dissimuler et Santiago le vit bien dans ma figure. Je l’ai regardé et lui ai dit qu’il y aurait beaucoup de travail à faire pour le rendre acceptable.

Il ne s’est pas formalisé de mon attitude négative et a tout de suite commencé à m’exposer toutes les idées qui germaient dans sa tête. Nous marchions parmi des montagnes de vieux vêtements empilés jusqu’au plafond, de la poussière comme un tapis d’humus et tout un enchevêtrement de câbles électriques qui sortaient de toute part. Le plancher, quant à lui, était à peine visible et nous ne pouvions même pas savoir de quel matériel il était fait. C’était même dangereux de s’aventurer dans le local car il n’y avait pas de lumière et nous devinions des clous qui sortaient du plancher à plusieurs endroits.

Santiago et moi sommes amis depuis de nombreuses années et ce que j’admire le plus chez lui est son esprit créatif. Il a la capacité de projeter dans son esprit l’image de ce qu’il veut obtenir. Il est capable d’avoir une vision tridimensionnelle de ce qu’il veut créer. Dans sa tête, tout est clair et ordonné. Mais pendant qu’il discourait ainsi, moi, le terre-à-terre, je ne l’écoutais qu’à moitié pensant aux heures que cela prendrait pour accomplir ce travail de titan qui nous attendait. Que dis-je... aux heures ? non, plutôt aux jours, aux mois, qu’en savais-je ! , Plus nous le temps passait et plus je voyais de problèmes et de raisons pour lui dire de laisser tout tomber. Mais il était déjà trop tard, son idée était faite. Nous avons donc commencé à ramasser les morceaux de bois et toutes les autres traîneries afin de pouvoir mieux se mouvoir dans la pièce.

Un voyage en Argentine m’a éloigné pendant quelques mois du Québec. Quelle ne fut pas ma surprise de voir à mon retour qu’en lieu et place du local décrépi que j’avais vu il y avait l’Académie de Tango Argentin, officielle et en fonction. Tout était peinturé, illuminé et les murs étaient ornés de miroirs. L’apparence, et par le fait même l’ambiance avaient définitivement changé.

Quelques mois plus tard…

Je suis en ce moment attablé à une des tables bistro de l’Académie. Face à moi, je vois dans le miroir qui fait toute la longueur de la salle de danse, le reflet de toutes les photos et les affiches de tango sur le mur derrière moi. Photos de couples dansant dans des poses professionnelles et langoureuses, des maîtres de l’Argentine; des affiches publicitaires de compagnies qui sont passées par Montréal; de groupes qui nous ont enchantés avec leur musique et leur spectacle de danse (Forever Tango, Tango vivo, Tango X2, Hora Cero, Intakto et tant d’autres). Il y a eu aussi des films comme Leçon de Tango et Tango de Carlos Saura. Tant de souvenirs qui s’imposaient à moi. Tant d’heures d’émotion pure et de plaisir.

Il est trois heures de l’après-midi, deux années sont passées depuis l’ouverture de l’Académie. Je vois tous les changements, toutes les améliorations qui sont survenues durant ce temps. Santiago ne s’est jamais découragé, continuant sans cesse à avancer et à développer son idée. Infatigable lorsqu’il s’agit de son travail, il innovait jour après jour et apportait continuellement de nouveaux changements. Par exemple, une journée il faisait le vestiaire, le lendemain le bar et enchaînait avec le bureau. C’est ainsi que sans un regard vers le passé, les jeunes qui travaillaient à l’Académie prenaient l’habitude d’aller de l’avant, vers le futur.

Dans mon petit coin, assis en train de siroter mon vin et fumer une bonne cigarette, j’étais en mesure d’apprécier tout le travail qui avait été accompli dans le passé, sur le moment et qui restait à accomplir. Et cette appréciation que je donne, ne vient pas d’un professionnel, mais d’un client et surtout d’un ami.

Par Eduardo 1998


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